VI
Portrait

À propos

Iris
Iris — encre sur papier

Marie-Pierre Arpin Bott est née en Algérie, dans une lumière qui ne l’a jamais tout à fait quittée. Elle a grandi en France, où les paysages ont changé — la mer a cédé la place aux champs, la chaleur s’est adoucie en saisons — mais quelque chose de cette clarté première est resté logé sous la peau, comme certaines enfances savent le faire.

Pendant quarante ans, elle a exercé la médecine. Elle a écouté les corps, les hésitations infimes dans une voix, ce que les gens ne parvenaient pas tout à fait à dire de leur propre douleur. Un travail minutieux, exigeant, de ceux qui demandent d’être pleinement présente à la peur et à l’espoir d’une autre personne, dans le même souffle. Elle l’a fait, dit-elle, parce qu’elle voulait être utile de la façon la plus immédiate qui soit — avec ses mains, aux côtés de quelqu’un.

Et tout ce temps, elle a peint.

« Peindre a toujours été une autre manière de regarder. »

Non pas comme une échappatoire à la médecine, ni comme un loisir glissé dans les marges d’une vie chargée, mais comme son contrepoint silencieux — une autre manière de prêter attention à ce qu’un corps, un visage, un paysage cherchait à dire. Si la médecine lui a appris à lire le langage de la forme humaine, la peinture est devenue la pratique d’écouter tout le reste : l’inclinaison de la lumière sur l’eau à la fin d’un jour, le rouge particulier d’un mur du Sud, le gris exact que prend un ciel avant la pluie.

L’eau et la terre sont les deux pôles vers lesquels elle revient sans cesse. L’eau, parce qu’elle ne tient jamais immobile, parce qu’elle épouse la forme de ce qui la contient, parce qu’elle garde en mémoire un courant longtemps après qu’il soit passé. La terre, parce qu’elle est patiente, parce qu’elle porte le poids de tout ce qui s’est tenu sur elle, parce que c’est là qu’une ligne finit par trouver son sol. Entre les deux — dans l’encre qui se répand avant qu’elle ne puisse tout à fait la diriger, dans l’huile qui lui permet de construire, couche après couche, quelque chose qui s’approche de la permanence — elle a passé une vie à chercher l’endroit où le mouvement devient mémoire.

Le voyage nourrit la même faim. Elle a peint des oliveraies dans le vent, des grues arrivant sur un lac au crépuscule, l’ocre particulier d’une ruelle méditerranéenne, une barque endormie dans la lumière d’automne. Chaque lieu qu’elle traverse laisse quelque chose derrière lui — non pas une image de carte postale, mais une sensation, une couleur qu’elle ne sait pas nommer avant qu’elle ne réapparaisse, des semaines plus tard, sur le papier ou la toile.

Ses œuvres ont voyagé elles aussi, montrées en France, en Allemagne, en Espagne et en Italie — petite preuve, dit-elle, qu’un langage intime peut encore trouver des personnes prêtes à s’arrêter devant lui.

Demandez-lui si la médecine et la peinture se sont un jour disputé son attention, et elle vous répondra que non, jamais. L’une était la façon dont elle prenait soin du corps devant elle. L’autre était la façon dont elle continuait de prendre soin de quelque chose de plus vaste et de moins nommable — le soi sous le soi, le monde sous la surface du monde. Quarante années consacrées à l’une n’ont pas épuisé sa capacité pour l’autre ; au contraire, chacune a fait de la place pour la suivante.

Elle peint encore comme elle a toujours peint : sans hâte, attentive, plus intéressée par ce qu’une trace révèle que par ce qu’elle avait l’intention de dire. À un âge où beaucoup parleraient d’une œuvre accomplie, elle préfère parler, simplement, d’une conversation qui continue — avec l’eau, avec la terre, avec quiconque prend le temps de regarder de près.

Née en Algérie Médecin pendant 40 ans Encre & huile France · Allemagne · Espagne · Italie
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